L’ocre sous toutes ses couleurs en Provence


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L’ocre sous toutes ses couleurs en Provence
L’ocre se forme en symbiose entre la mer et le sol

Du vert au jaune, puis du rouge au brun foncé, l’ocre archive la mémoire marine des sables. La Provence était couverte par la mer il y a 110 millions d’années. Des sables verts et marins en mouvement viennent, au fond des eaux, combler ces surfaces peu profondes. Ils portent avec eux minéraux, quartz, calcaires, notamment une argile – la glauconie, qui contient des atomes de fer.

10 millions d’années plus tard, la mer se retire, laissant à l’air libre ces sables verts. Le climat déjà chaud et humide apporte des pluies intenses. Elles lavent le sol sableux et la glauconie se dissout. Les grains de sable résistent et les autres minéraux cristallisent sous la forme d’une argile siliceuse, la rouge hématite. Celle-ci est concentrée en surface en formant une carapace ferrugineuse qui protège les falaises de l’érosion.

Le Colorado provençal, terre des ocres
Mais qu’il y a–t-il donc dans ce grain coloré?

Au microscope, des plaquettes de kaolinite blanche, lorsqu’elle est pure, tandis que la densité naturelle et aléatoire de l’oxyde de fer qui l’accompagne peut l’embellir du jaune pâle au rouge violacé. L’ocre? Un mélange de kaolin et de fer avec une touche de quartz.

La diversité des couleurs de l'ocre
Le minéral nourrit le végétal en Provence

Le massif ocrier offre un sol sableux, ferreux et acide qui génère une flore inhabituelle pour la région. La bruyère, le châtaignier, le pin maritime et le genêt en sont des exemples. D’autres espèces apprécient tant la silice que le calcaire, comme le thym, le romarin, le buis, le pin sylvestre, le chêne vert. Les ocres stimulent aussi de nombreuses herbacées rarissimes et orchidées. Le massif ocrier classé du Luberon est protégé par le Parc naturel régional, réserve naturelle de la Biosphère.

Minéral et végétal font bon ménage

Le Colorado Provençal à Rustrel

Le minéral et le végétal font bon ménage

Le Sentier des Ocres à Roussillon

L’ocre issue du sol pare les murs des maisons

Les constructions traditionnelles reflètent toujours les ressources locales disponibles pour bâtir et aménager. Le sable ocreux, extrait du sol pour aménager les fondations, puis récupéré, a épousé le corps des maisons.

Comme dans tous les pays du monde, chaque village porte les couleurs du sol, de la pierre, des essences d’arbres qui l’environnent. Tout est dans tout! Ainsi, les ocres, le sable et la chaux composent une harmonie naturelle avec le paysage. Que c’est beau!

Produire l’ocre : une épopée rurale de dimension industrielle

Pour être utile, l’ocre doit se débarrasser du sable qui compose une grande partie de son volume. L’ocre extraite à ciel ouvert ou en galerie souterraine, est ensuite mouillée, malaxée, lavée et relavée, décantée pour sécher à l’air libre avant d’être broyée aux moulins ou rougir à point dans le four.

Les mines de Bruoux à Gargas

L’usine d’ocre Okhra près de Roussillon

Usages

Le rôle le plus ancien est celui de colorant depuis la préhistoire à nos jours. À partir du XIXe siècle, l’ocre est utilisée comme épaississant pour les linoléums et le caoutchouc. Aujourd’hui, l’ocre sert surtout de produit colorant naturel pour les bâtiments, enduits, badigeons, plâtres, bétons colorés, stucs, tadelac.

Bâtiments où l'ocre sert d'enduit sur les murs
Pigment ou colorant? OKHRA – Conservatoire des ocres

Le pigment est une charge colorée qui se mélange, mais ne se dissout pas dans un liquide : il se dépose au fond du récipient. Le colorant est une substance colorée et soluble, naturelle, synthétique ou artificielle. Les colorants sont utilisés en teinture, les pigments en peinture.

L’ocre est une poudre entrant, depuis la préhistoire, dans la composition des peintures. Les ocres sont des terres argileuses (kaolin), colorées en jaune ou rouge, par des oxydes de fer plus ou moins hydratés. Une peinture est donc composée de pigments, qui donne la couleur, d’un liant qui fixe les pigments et d’un diluant qui permet de les mélanger.

* Texte tiré, en grande partie, du parcours instructif du Sentier des Ocres.

Le Luberon

Cette région de Provence aux nuances d’ocre et de lavande est un ravissement pour les yeux. Un éveil pour les sens, car aux détours des petites routes, ces charmants villages où ça sent bon le chèvrefeuille, donnent le goût de s’éterniser. Un peu plus loin, un figuier, quelques cyprès et tous ces genêts jaunes flamboyants qui égaient le paysage. Tiens, c’est le temps des cerises, chantent les hirondelles dans leur ballet incessant et festif.

Les bonnes adresses

Restaurant David – Village de Roussillon

Située dans le restaurant de l’hôtel Le Clos de la Glycine, cette terrasse offre une vue spectaculaire sur le Sentier des Ocres au coucher du soleil!

Le Mas Jorel – B&B Esprit de Provence, village de Gargas

Un endroit calme au charme indéniable. Marc et Véronique Tuffery, des hôtes très accueillants qui aiment partager leurs coups de cœur : balades, restos, découvertes hors des sentiers battus.

petit déjeuner avec une vue imprenable sur le Luberon

Toutes les photos ont été prises par Jean-Marie Doizy.

© JM Doizy 2019

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